Entre courroux et amusement, les intéressés réagissent


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Entre courroux et amusement, les intéressés réagissent

Les motifs de préoccupation ne manquent pas pour les traders haute fréquence (THF), selon les débats de la conférence TradeTech.

L’une des conférences de TradeTech, le Salon des technologies de marché qui s’est tenu à Paris, fut un plébiscite. Joe Navarro, un ancien du FBI, y dévoila comment repérer les « menteurs » de l’industrie financière et autres psychopathes des marchés (le « narcissique », le « prédateur »…). Personne ne s’est apparemment senti visé parmi l’audience et notamment parmi les traders haute fréquence (THF) présents, à l’heure où le FBI enquête sur leurs agissements aux Etats-Unis…

Leur courroux, ils l’ont réservé au best-seller de Michael Lewis, « Flash Boys : a Wall Street Revolt ». « Cet ouvrage n’est fondé sur aucune base empirique et a un partis pris émotionnel », critique Mark Spanbroek, vice-président du FIA European Principal Traders Association (FIA Epta), une association regroupant les firmes de trading européenne, dont les THF. « Cette controverse (autour du THF) est justifiée, mais pas vraiment nouvelle », ajoute Per Lovén, responsable de la stratégie pour l’Europe de Liquidnet. Dans une publicité publiée dans le magazine « Financial News », la société Liquidnet a d’ailleurs détourné le titre de l’ouvrage de Michael Lewis, en rappelant que ses clients ont toujours cherché à se protéger des effets néfastes des THF en essayant de se faire le plus discret possible pour ne pas être détectés quand ils traitent. « Les algorithmes sont partout et ils vont dévorer tous les traders de l’âge de pierre, ceux qui n’ont pas un bagage informatique et technique poussés », a rappelé en guise d’avertissement un des intervenants d’une table ronde.

Il existe 22 sociétés (IMC, Optiver, Flow Traders…), souvent hollandaises, opérant sur le THF en Europe, mais plus d’une soixantaine de banques ont elles aussi créé des départements spécialisés sur ce trading ultrarapide. « Depuis 2013, le secteur des THF a aussi accueilli des nouveaux venus, des petites boutiques quantitatives, qui mettent en place des stratégies agressives », constate Mark Spanbroek. La vitesse du THF se mesure en microsecondes (millionième de seconde). La nanoseconde (un milliardième de seconde) demeure du domaine du fantasme, car aucune stratégie n’est viable à une telle rapidité. Installer des « péages » sur les autoroutes à grande vitesse que sont devenus les marchés, afin de les ralentir, ne recueille pas l’enthousiasme du secteur dans son ensemble, qui y voit un retour en arrière technologique.

Les drones des marchés

Certains investisseurs voient les THF comme des drones militaires, une menace invisible et insidieuse planant au-dessus des marchés et susceptibles de provoquer des dégâts collatéraux importants. D’autres les comparent à des « supercalculateurs », tels ceux mis au point pour les jeux d’échecs, et capables de stratégies, bluff, anticipation… En bref, des « supertraders » cybernétiques sans les émotions des opérateurs. Un investisseur estime toutefois qu’un algorithme ne pourra « jamais évaluer la qualité du management d’une société », une tâche complexe qui reste dévolue aux analystes. Un avantage par rapport à ces derniers, les « THF sont moins sujets que le reste de l’industrie financière aux problématiques d’ego surdimensionnés des traders, compte tenu de la forte dimension collective de cette activité », souligne le vice-président de FIA Epta. D’après « efinancialcareers », un jeune embauché dans une firme de THF peut espérer gagner entre 130.000 et 150.000 dollars par an la première année et jusqu’à 300.000 dollars au bout de deux ans.

Toutefois, le modèle économique même de ces firmes est mis sous pression par la concurrence et la baisse des volumes de transactions. Ainsi, selon Bloomberg, le THF Teza Technologies va peut-être procéder à une petite révolution : il ne va plus seulement gérer son propre argent, comme le font tous les THF. Il pourrait lancer aussi deux nouveaux fonds destinés à des investisseurs extérieurs. Acte isolé ou début d’une tendance, la convergence entre le compte propre et la gestion pour compte de tiers est peut-être un des moyens pour que les THF regagnent en respectabilité. ■

Droit de reproduction et de diffusion réservé © Les Echos.fr 2013

Jean Séry
Eolen Groupe
Consultant – Juriste
Cash Management

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