#MadeInEurope : Bruxelles tremblante devant les Chinois ? Les approximations de Laurent Wauquiez


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#MadeInEurope : Bruxelles tremblante devant les Chinois ? Les approximations de Laurent Wauquiez

Pendant la campagne des élections européennes, « Les Echos » décrypte dans #MadeInEurope les affirmations sur l’Europe – plus ou moins fantaisistes – des politiques de tous bords.

LES FAITS

Laurent Wauquiez a sorti l’artillerie lourde. Depuis quelques jours, l’ancien ministre UMP chargé des affaires européennes dézingue l’Union européenne telle qu’elle va. Son livre « Europe, il faut tout changer (éd. Odile Jacob) » prône notamment de rompre avec le libre-échange et d’instaurer un protectionnisme européen. Comme d’autres avant lui (de Nicolas Sarkozy à Arnaud Montebourg récemment), l’actuel député fustige une Europe qui vivrait dans le monde des « Bisounours ».

@laurentwauquiez "la question n’est pas de se recroqueviller sur notre marché national mais d’arrêter d’être naïf" #Europe

— France Inter (@franceinter) 16 Avril 2014

La coupable ? La Commission européenne, accusée sur France Inter ce mercredi de « nous amener dans le mur ». Laurent Wauquiez prend ainsi l’exemple de la bataille commerciale contre les panneaux solaires chinois l’an dernier pour étayer son propos.

« Quand il y a eu un cri d’alarme qui a été poussé par les entreprises européennes en disant : "Vous nous laissez nous faire massacrer par les Chinois", il n’y a eu aucune réaction de la part de la Direction générale de la Concurrence »

Laurent Wauquiez : "cette Union européenne ne… par franceinter

LE DECRYPTAGE

Le bazooka c’est bien, mais ça manque de précision. Laurent Wauquiez en fait la démonstration en ratant la cible – dégommant au passage une Commission en rien coupable – dans sa dénonciation de la supposée naïveté commerciale européenne. Rappelons les faits : dès 2012, des producteurs européens de panneaux solaires ont accusé leurs concurrents chinois de pratiques anti-concurrentielles, à savoir de vendre à perte et de bénéficier de subventions publiques.

Bruxelles s’est-elle réfugiée dans son terrier en espérant que les choses se tassent d’elles mêmes, comme le suggère Laurent Wauquiez ? Au contraire, elle a profité de cette occasion pour lancer la plus importante bataille commerciale de son histoire contre la Chine – le marché représentait 21 milliards d’euros – et en menaçant les producteurs de l’Empire du milieu de lourdes taxes douanières. L’offensive a même arrache un compliment d’Arnaud Montebourg , c’est dire !

Pourtant, quelques semaines plus tard, en août 2013, ce conflit spectaculaire se terminait par une paix des braves negociee, sans lourde taxe douaniere . Là encore, pas la peine d’accuser la Commission. Si elle a dû se résoudre à cette issue, c’est car une écrasante majorité de pays – dix-huit sur vingt-huit, dont la puissante Allemagne – lui ont ordonné de cesser les hostilités contre la Chine, estimant avoir plus à perdre qu’à gagner commercialement dans cette bataille.

L’Europe n’est donc pas naïve. Face à Pékin, elle a même augmenté depuis 2008 de plus de 40 % le nombre d’attaques commerciales (mesures antidumping et antisubvention) contre les entreprises chinoises par rapport à il y a 15 ans. Si elle n’est pas naïve, elle n’en reste pas moins divisée sur la question. Il y a des pays du Sud traditionnellement plus enclins à protéger ses producteurs coûte que coûte (France, Italie, Espagne). Et des pays du Nord (les scandinaves, la Grande-Bretagne, l’Allemagne) qui répugnent à entraver le libre échange. Ces pays du Nord estiment que l’Europe a plus à perdre qu’à gagner en se lançant dans des batailles commerciales contre la Chine et d’autres, alors que l’UE beneficie pour le moment de confortables excedents commerciaux avec ces pays . Ils peuvent aussi arguer que l’efficacité des mesures américaines contre les panneaux solaires chinois fait debat . Une réflexion sur la politique commerciale européenne mérite sans doute d’être menée. Mais sans bazooka. ■

Droit de reproduction et de diffusion réservé © Les Echos.fr 2013

Jean Séry
Eolen Groupe
Consultant – Juriste
Cash Management

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