Espionnage : Paris et Berlin veulent fixer les règles, Actualités


Espionnage : Paris et Berlin veulent fixer les règles, Actualités.

Les dirigeants européens ont partagé hier l’indignation de la chancelière allemande sur les dernières révélations d’espionnage des Etats-Unis. Mais les Vingt-huit laissent Paris et Berlin en première ligne pour convaincre les Américains d’élaborer un cadre commun pour le fonctionnement des services secrets.

Paris et Berlin tentent de convaincre les Américains d’élaborer un cadre commun pour le fonctionnement des services secrets. - AFP

Paris et Berlin tentent de convaincre les Américains d’élaborer un cadre commun pour le fonctionnement des services secrets. – AFP

« La vérité sur le passé, des règles de conduite pour l’avenir ». C’est en ces termes que François Hollande a résumé la position franco-allemande après les nouvelles révélations des écoutes des services secrets américains . « Il y a des comportements et des pratiques qui ne peuvent pas être acceptées » a souligné le chef de l’Etat cette nuit à l’issue de la première séance de travail du Conseil européen. Assurant que les Vingt-huit avaient été unanimes à dénoncer les agissements des Etats-Unis. Pour autant, aucune mesure de rétorsion n’a été adoptée ; Paris et Berlin ont simplement décidé de demander aux Etats-Unis de fixer ensemble un cadre de coopération sur les services secrets. Autrement dit d’élaborer un code de bonne conduite entre services : « Par exemple », a dit François Hollande a moitié ironique, « on n’espionne pas les partenaires que l’on rencontre dans les sommets internationaux , on ne stocke pas des informations qui mettent en cause les libertés individuelles. Et on peut aussi se prévenir quand on lance un programme de renseignement ». Angela Merkel souhaite aboutir « à des critères communs sur les méthodes de travail et la protection des citoyens, entre les Etats-Unis, la France et l’Allemagne avant la fin décembre ».

Prudence des 28

Le Parlement européen s’était montré plus hardi, mercredi, en demandé la suspension des accords Swift qui permettent la transmission de données bancaires des européens aux Etats unis dans le cadre de leur lutte anti-terroriste. Le conseil n’a pas suivi cette requête, même si Angela Merkel n’a pas complètement fermé la porte. De même les négociations sur l’accord de libre-échange transatlantique n’ont pas été touchés par ce nouvel épisode d’espionnite américain. François Hollande et Angela Merkel n’ont même pas évoqué le sujet lors de leur réunion bilatérale tenue avant le sommet, alors que Martin Schulz, le président du Parlement européen, s’est pourtant dit partisan d’une « pause » dans les négociations. « Le problème quand on quitte les négociations est de savoir comment y revenir. Par contre nous demandons au groupe de travail mis en place entre la Commission européenne et les Etats-Unis de travailler d’avantage sur la protection des données », a expliqué la chancelière allemande. On se souvient qu’en juillet, après les premières révélations d’Edward Snowden sur les écoutes par la NSA des bureaux de l’Union à l’étranger, l’Allemagne et le Royaume uni s’étaient opposés à la proposition française de suspendre les discussions. Jeudi, le britannique David Cameron s’est gardé de tout commentaire sur cette affaire. Le « Merkelgate » aurait pu pousser les Vingt-huit à accélérer le calendrier de la réforme sur la protection des données, mais le texte continuait de susciter les réserves du Royaume Uni qui redoute une surcharge administrative pour ses entreprises. Si bien que les Vingt-huit restent très prudents quant à son adoption, d’ici la fin de l’année 2014 au mieux.

Au delà des affaires de cyberespionnage, ce sommet a été une nouvelle fois le théâtre de discussions sur l’Union bancaire. Jusqu’au bout, France et Allemagne ont tenté de peser sur chaque mot de la déclaration finale des chefs d’Etats et de gouvernements ayant trait à ce sujet. A ce petit jeu, Berlin voulait au maximum éviter toute position qui lui lierait les mains quant au rôle du fonds de secours de l’Union, le Mécanisme européen de stabilité (MES). La priorité du gouvernement allemand depuis des mois est de retarder et de limiter au maximum la possibilité d’une recapitalisation directe de banques en faillite par le MES. Un scénario vu comme un nouveau fardeau imposé au contribuable allemand pour secourir les pays périphériques.

A.B., C.C., et R.Ho. (à Bruxelles)